L’émergence des thérapies oculaires de nouvelle génération

Zilia

Pendant des décennies, l’ophtalmologie s’est largement appuyée sur l’imagerie structurelle et le suivi de l’évolution des maladies. Des technologies telles que la tomographie par cohérence optique (OCT) et la photographie du fond d’œil ont permis aux cliniciens de visualiser l’anatomie rétinienne, tandis que les examens du champ visuel ont fourni des informations précieuses sur la fonction visuelle. Ensemble, ces outils ont permis de suivre la progression des maladies avec une précision remarquable et demeurent des piliers fondamentaux des soins oculaires modernes.

Cependant, un nombre croissant de données scientifiques suggère que de nombreuses maladies oculaires débutent bien avant que des dommages structurels ne deviennent visibles.

Dans le glaucome, la rétinopathie diabétique, la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), les maladies vasculaires rétiniennes et les neuropathies optiques, les données accumulées mettent en évidence l’importance de la dysfonction métabolique, de l’altération mitochondriale, de la dysrégulation vasculaire, de l’hypoxie tissulaire et du stress neuronal aux stades précoces de la maladie. (1-12)

Par conséquent, les soins oculaires amorcent une transition progressive vers une compréhension plus fonctionnelle et métabolique des maladies oculaires, en cohérence avec ces observations.

Un nouveau paysage thérapeutique

Cette évolution est particulièrement visible dans la nouvelle génération de thérapies oculaires.

Les traitements émergents ciblent de plus en plus la physiologie rétinienne, par des approches visant à soutenir la neuroprotection, la fonction mitochondriale, l’oxygénation tissulaire, la régulation vasculaire, le métabolisme cellulaire et la survie neuronale.

Ces thérapies couvrent de nombreuses modalités, notamment les agents pharmacologiques, la photobiomodulation, la neurostimulation, les interventions ciblant l’ischémie et les approches axées sur le métabolisme. Bien que ces technologies diffèrent par leur mode d’action, elles poursuivent souvent un objectif commun : préserver ou restaurer la fonction cellulaire rétinienne avant qu’une dégénérescence irréversible ne survienne.

Parmi les exemples notables figurent les programmes thérapeutiques développés par des entreprises telles que Perfuse Therapeutics (désormais intégrée à Bayer), Mighty Therapeutics, Annexin Pharmaceuticals, et Tavo Biotherapeutics, ainsi que des approches fondées sur des stimuli physiques, notamment les plateformes de photobiomodulation Valeda (LumiThera, désormais intégrée à Alcon) et eye-light (Espansione, désormais intégrée à EssilorLuxottica), ainsi que des plateformes de neurostimulation telles que MacuMira et Eyetronic.

À bien des égards, l’ophtalmologie suit aujourd’hui une tendance déjà observée dans l’ensemble du domaine médical: le passage d’une gestion réactive des maladies à une intervention physiologique plus précoce et à une médecine de précision.

Les limites de l’imagerie structurelle

Cette évolution met également en lumière une limite importante des outils cliniques actuels.

La plupart des critères d’évaluation utilisés en ophtalmologie demeurent des conséquences structurelles ou fonctionnelles tardives de dommages déjà accumulés, notamment l’atrophie, l’amincissement rétinien, la perte du champ visuel et la diminution de l’acuité visuelle.

Or, de nombreuses thérapies émergentes visent à modifier des mécanismes biologiques situés en amont du processus pathologique, bien avant l’apparition de ces manifestations.

Il en résulte un décalage croissant entre ce que les thérapies de nouvelle génération cherchent à influencer et ce que les outils cliniques actuels peuvent mesurer.

À mesure que l’innovation thérapeutique cible davantage la physiologie et le métabolisme rétiniens, le besoin de modalités capables de fournir des biomarqueurs fonctionnels et objectifs devient de plus en plus important pour le diagnostic, la stratification des patients, le suivi thérapeutique et le développement des essais cliniques.

De nombreuses thérapies émergentes visent à modifier des mécanismes biologiques situés en amont du processus pathologique, bien avant l’apparition de ces manifestations

L’essor des biomarqueurs fonctionnels et métaboliques

La rétine figure parmi les tissus les plus métaboliquement actifs du corps humain. Son taux de consommation d’oxygène est l’un des plus élevés parmi tous les tissus, dépassant même celui du cerveau. (13) Son fonctionnement repose sur des mécanismes de régulation extrêmement fins qui assurent en permanence l’équilibre entre l’apport et l’utilisation de l’oxygène.

Ces processus physiologiques sont fondamentaux pour la santé rétinienne, mais ils ne peuvent être évalués que de manière indirecte par l’imagerie structurelle seule. C’est précisément là que les biomarqueurs fonctionnels et métaboliques peuvent jouer un rôle déterminant.

Parmi ces approches émergentes, l’oxymétrie oculaire permet d’évaluer quantitativement la saturation en oxygène des tissus rétiniens (StO₂), un biomarqueur du métabolisme rétinien et de la physiologie tissulaire.

En ajoutant une dimension fonctionnelle et métabolique à l’évaluation de la rétine, l’oxymétrie oculaire pourrait favoriser une détection physiologique plus précoce, un meilleur suivi thérapeutique, une évaluation longitudinale de la réponse aux traitements et, à terme, l’intégration de nouvelles approches de médecine de précision.

Au-delà de l’imagerie : vers une ophtalmologie métabolique

Ces avancées ouvrent la voie à la transformation la plus importante qu’ait connue l’ophtalmologie depuis plusieurs décennies : une évolution qui dépasse l’imagerie structurelle pour tendre vers une compréhension plus approfondie de la physiologie et du métabolisme rétiniens.

Cette nouvelle approche pourrait considérablement améliorer les résultats cliniques en favorisant une prise en charge plus prédictive, plus personnalisée et davantage fondée sur les mécanismes biologiques sous-jacents à la maladie.

Références

  1. Casson RJ, Chidlow G, Crowston JG, Williams PA, Wood JPM. Retinal energy metabolism in health and glaucoma. Prog Retin Eye Res. 2021 Mar;81:100881. doi: 10.1016/j.preteyeres.2020.100881. Epub 2020 Jul 23. PMID: 32712136.
  2. Mozaffarieh M, Grieshaber MC, Flammer J. Oxygen and blood flow: players in the pathogenesis of glaucoma. Mol Vis. 2008 Jan 31;14:224-33. PMID: 18334938; PMCID: PMC2267728.
  3. Liu H, Prokosch V. Energy Metabolism in the Inner Retina in Health and Glaucoma. Int J Mol Sci. 2021 Apr 1;22(7):3689. doi: 10.3390/ijms22073689. PMID: 33916246; PMCID: PMC8036449.
  4. Weinreb RN, Aung T, Medeiros FA. The pathophysiology and treatment of glaucoma: a review. JAMA. 2014 May 14;311(18):1901-11. doi: 10.1001/jama.2014.3192. PMID: 24825645; PMCID: PMC4523637.
  5. Kowluru RA. Mitochondrial Stability in Diabetic Retinopathy: Lessons Learned From Epigenetics. Diabetes. 2019 Feb;68(2):241-247. doi: 10.2337/dbi18-0016. PMID: 30665952; PMCID: PMC6341304.
  6. Smith JD, Sapoznik KA, Bisignano K, Benoit J, Harrison WW. Evaluation of macular retinal oximetry across different levels of diabetic retinopathy: a cross-sectional study. BMC Ophthalmol. 2025 Jan 17;25(1):24. doi: 10.1186/s12886-025-03850-1. PMID: 39825268; PMCID: PMC11740494.
  7. Arjamaa O, Nikinmaa M. Oxygen-dependent diseases in the retina: role of hypoxia-inducible factors. Exp Eye Res. 2006 Sep;83(3):473-83. doi: 10.1016/j.exer.2006.01.016. Epub 2006 Jun 5. PMID: 16750526.
  8. Kaarniranta K, Uusitalo H, Blasiak J, Felszeghy S, Kannan R, Kauppinen A, Salminen A, Sinha D, Ferrington D. Mechanisms of mitochondrial dysfunction and their impact on age-related macular degeneration. Prog Retin Eye Res. 2020 Nov;79:100858. doi: 10.1016/j.preteyeres.2020.100858. Epub 2020 Apr 13. PMID: 32298788; PMCID: PMC7650008.
  9. Lefevere E, Toft-Kehler AK, Vohra R, Kolko M, Moons L, Van Hove I. Mitochondrial dysfunction underlying outer retinal diseases. Mitochondrion. 2017;36:66-76. doi:10.1016/j.mito.2017.03.006.
  10. Mitchell P, Liew G, Gopinath B et al. Age-related macular degeneration. The Lancet, 392, 1147-1159.
  11. Campochiaro PA. Molecular pathogenesis of retinal and choroidal vascular diseases. Prog Retin Eye Res. 2015 Nov;49:67-81. doi: 10.1016/j.preteyeres.2015.06.002. Epub 2015 Jun 23. PMID: 26113211; PMCID: PMC4651818.
  12. Miller NR, Arnold AC. Current concepts in the diagnosis, pathogenesis, and management of non-arteritic anterior ischaemic optic neuropathy. Eye (Lond). 2015 Jan;29(1):65-79. doi: 10.1038/eye.2014.144. Epub 2014 Jul 4. PMID: 24993324; PMCID: PMC4289822.
  13. Joyal JS, Gantner ML, Smith LEH. Retinal energy demands control vascular supply of the retina in development and disease: The role of neuronal lipid and glucose metabolism. Prog Retin Eye Res. 2018 May;64:131-156. doi: 10.1016/j.preteyeres.2017.11.002. Epub 2017 Nov 22. PMID: 29175509; PMCID: PMC5963988.

Written by the Zilia Team on June 22, 2026

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